Pour un équilibre entre générations

Par Jean Spiri, tribune parue dans Le Figaro du 29 novembre 2011

La proposition d’Arnaud Montebourg d’un âge limite de 67 ans pour les mandats politiques, pour contestable qu’elle soit, a eu au moins un mérite, celui de jeter un éclairage cru sur cette réalité : l’Assemblée nationale française est l’une des plus âgées d’Europe, et sa moyenne d’âge va bientôt converger avec celle du Sénat.En 1981, pour un député de moins de 40 ans, il y avait un député de plus de 60 ans. En 2007, pour un député de moins de 40 ans, il y en a … neuf de plus de 60 ans.

En cause : le vieillissement de la population et, l’allongement des études.  Mais  il s’agit là d’une spécificité française. Le phénomène est bien plus marqué qu’en Italie, au Royaume-Uni, en Suède ou encore en Allemagne. Notre pays se distingue surtout par une présence extrêmement faible des jeunes générations à l’Assemblée nationale.

Mais si l’âge moyen du corps électoral est de 47 ans, celui des votants est de 55 ans.  En Suède, il semble naturel aux grands partis suédois de présenter aux élections législatives des candidats de 20 ans. Et il semble naturel aux électeurs de voter pour eux ! Leur plus jeune député a 18 ans. Cela vous semble possible en France ? Le système politique serait-il bloqué en France?

On peut s’interroger sur les conséquences de ce déséquilibre. Car il s’agit bien d’un questionnement plus global sur la place des générations dans notre pacte social. Depuis plusieurs années la solidarité intergénérationnelle voit son équilibre déplacé vers les strates les plus âgées de la population. La réforme des retraites a eu lieu, mais la soutenabilité de long terme de notre modèle n’est toujours pas assurée.

Les dépenses de santé explosent, et concernent souvent le grand âge, tandis que l’on parle d’augmenter le poids de la solidarité nationale dans la prise en charge de la dépendance. Mais il faut le faire en s’interrogeant sur l’équilibre pour les citoyens d’un système de protection sociale qui dépense toujours plus, en se demandant s’il est normal que le niveau de vie des retraités soit désormais supérieur à celui des actifs, et en se demandant si la charge que l’on fait peser sur les jeunes générations – et le coût de leur travail – n’est pas trop importante ! Une assemblée qui n’est pas à majorité composée de bénéficiaires de ces mesures les aurait peut-être abordées différemment ! Si les jeunes étaient davantage représentés, n’y aurait-il pas plus de parlementaires libéraux sur les questions de société ? Idem sur l’orientation de l’économie vers les nouveaux relais de croissance, Gilles Babinet,  président du Conseil national du numérique, écrivait récemment : « Âge moyen des députés français : 59 ans. En Suède ? 41 ans. PIB issu du numérique en France : 3,6 %. En Suède, ça serait proche de 8%. »…

Le changement d’état d’esprit passera-t-il par des mesures contraignantes, un bonus-malus financier sur l’équilibre générationnel pour les partis, la limitation du cumul des mandats dans la durée, ou par une simple évolution des consciences?
Les prochaines échéances électorales nous le diront. Mais entrons dans une vision plus large sur l’équilibre entre les générations dans notre pacte politique et social. « La jeunesse est un défaut, écrivait Thomas Bernhard, mais le défaut de l’âge, c’est de voir les défauts de la jeunesse. » Dépassons cette opposition !

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